J’évolue depuis peu dans le curieux
univers de la dialyse ou atterrissent, plus de représentants du petit peuple
que de favorisés ayant évolué dans les tranches supérieures de l’impôt. Cela
semble être l’avis, partagé, par les soignants du centre, mais en ce qui
concerne la fournée à laquelle j’ai été rattaché arbitrairement, je ne saurais
dire, si oui ou non, elle correspond à la norme nationale. J’avoue que, pour le
moment, je ne dispose pas d’éléments suffisants fiables pour appréhender de
façon sérieuse une quelconque ébauche de statistique !
A vue de nez ma palanquée, semble
composée d’une majorité de laborieux auquel le hasard a aggloméré quelques
exemplaires, de « la middle class », à des degrés très divers. Ces sinistrés de
la vie qui se croisent fugitivement lorsqu’ils se présentent un peu avant
l’heure de la fournée du matin ou du soir ne communiquent, en fait que très
peu. La grande majorité arrive à la séance flanqués de brancardiers, ou mieux
sont accompagnés d’un membre de leur famille ou tout simplement par un
conducteur de VSL stressé qui les déposent, pèle mêle, devant l’antre sans trop
de précautions.
Qu’ils soient livrés sur brancards, ou
qu’ils piaffent en fauteuil,observés par les quelques autonomes qui caracolent
sur leurs propres cannes, formant un sous groupe minoritaire pas forcémentplus
pétulant ! En réalité dans ce mondedes exclus, l’on se croise, en échangeant
quelques rares propos et à l’occasion un sourire mais cela ne va jamais bien
loin tant l’intensité du désarroi de ces pèlerins semble grande !
Un peu plus tard, chacun depuis sa
niche, un espace ouvert, peut participer a longueur de séance à la déroute
collective. Subir quatre heure durant l’incroyable toux d’un catarrheux
chronique, qui ébranle toute la structure, ou recevoir à la volée les cris ou
les propos délirants d’une dérangée avec pour tout dérivatif l’observation du «
détenu » qui flanqué de son escorte policière, jouit de toutes les protections
possibles. C’est peu pour distraire les paumés ordinaires rassemblés en ce
triste lieu !
Mais a-t-on droit à une autre pioche
?
Pourquoi pas puisque nous sommes
audomaine de l’aléatoire flagrant ou presque!
La dialyse ou l’usine dans l’usine
?
Lorsque l’on découvre L’hôpital J.
Monod après avoir expérimenté d’autres lieux de séjour du même type etsi nos
lampes sont bien allumées, l’on se rend très vite compte qu’ici on fait du
social, au moindre cout. Rapidement l’impression dominante est qu’ici l’on gère
beaucoup plus que l’on ne soigne. On pourrait même croire que tout est
définitif car bien huilé et que dans cet étonnant système c’est le gestionnaire
qui est roi et règne finalement en maitre! Alors pas étonnant de rencontrer,
ici, rassemblés tous les petits désagréments qui rendent la vie d’un patient
tellement agréable …
Je reviendrais sur ce sujet si
important lorsque ma découverte du grand bateau sera plus complète !
Aujourd’hui je vais simplement essayer
de retrouver les impressions et les sentiments divers qui m’ont assailli durant
mes premières plongées en dialyse !
Tout d’abord un rappel utile, étant
arrivé en marche -arrière en dialyse-, donc pas équipé de la fameuse fistule
réglementaire, j’ai donc eu droit, dans l’urgence, sur le lit proche du robot a
un branchement provisoire réalisé par un tandem inédit, preuve que la grande
diversité est bien intégrée dans notre région. Un médecin d’origine possible
africaine, contrôlant le travail de son confrère originaire d’un ancien pays de
l’Est ! Une sorte de retour à la source, une vraie médecine de terrain… à
l’ancienne !
Durant cette première séance qui fut
relativement courte tout a basculé dans mon pauvre crane ! Alors je ne me
souviens que de cette agression, non caractérisée,suivie d’une sorte de
somnolence inconfortable ! De la séance suivante, toujours aussi courte c’est
mon périple en lit dans les couloirs et les ascenseurs de l’usine, que j’ai
retenu, une occasion magnifique de réaliser d’intéressants travelings sur des
plafonds inattendus. L’accueil souriant de l’infirmière, chargée du contrôle de mon
robot fut un moment important puisqu’elle m’expliqua simplement la manœuvre en
cours. Aussitôt je compris que l’humain interférait dans le processus engagé
mais en fonction des qualités qui existait en stock chez le
manipulateur.
Les séances se rallongèrent et j’eus
l’impression de vivre couché, dans un réfrigérateur. C’est vrai, mon entrée en
dialyse ne fût pas triomphante en dépit de l’offre de survie indéterminée, mais
dans un environnement pas franchement attrayant !
(à suivre)