Jospin, exécuteur de Ségolène :un point de vue canadien ?
Par Duboubou 1er le samedi, septembre 29 2007, 22:47 - Votre attention SVP - Lien permanent
C'est l'un des charmes de la politique française: son infinie complication.
Bien sûr, même au Québec ou dans les pays de tradition anglo-saxonne, régis par
le scrutin majoritaire, on assiste à des coups fourrés. Mais rien qui puisse se
comparer aux mœurs françaises, qui continuent en permanence à illustrer le
vieux proverbe: "Mon Dieu, gardez-moi de mes amis; mes ennemis, je m'en
charge."
C'est vrai pour les partis de droite, mais de manière plus discrète: on
complote dans les coulisses contre le chef, mais on lui prête tout de même
allégeance.
Au Parti socialiste (PS), en revanche, le spectacle ne s'arrête jamais, et
chacun complote au grand jour. Rien n'est jamais acquis pour celui qui accède à
la direction du PS.
Aujourd'hui, l'exécuteur en chef est un revenant: Lionel Jospin, 70 ans,
premier ministre de 1997 à 2002, éliminé au premier tour de la présidentielle
d'avril 2002 à la suite d'une spectaculaire sortie de route électorale.
Après avoir vaguement tenté un retour à la fin de l'été 2006, il avait laissé
le champ libre à Ségolène Royal. Aujourd'hui, il sort de nouveau de sa retraite
pour l'exécuter. Dans un livre de 138 pages assuré de faire un tabac en
librairie - L'impasse, publié chez Flammarion -, Lionel Jospin tire à boulets
rouges sur son ancienne ministre, qu'il n'avait jamais beaucoup aimée, il est
vrai.
Il parle d'un "fourvoiement", d'une "élection étrange" où les socialistes ont
désigné, "sur une promesse de victoire, la candidate qui était la moins capable
de gagner". Et un peu plus loin: "La raison fondamentale de l'échec de Ségolène
Royal réside en elle-même."
Tout y passe. Ségolène Royal, dit-il, se présentait comme étrangère aux jeux
politiques alors que la politique a été rigoureusement sa seule activité: elle
est en effet entrée au cabinet de Mitterrand à 29 ans, en 1982, "sans avoir
jamais milité ni exercé un vrai métier".
Plébiscitée en tant que figure nouvelle de la scène politique, elle s'est
empressée, toujours selon Jospin, d'ignorer le Parti socialiste, ses militants
et ses responsables, et elle a joué "le peuple contre les élites" dans la
tradition "de l'extrême droite et du populisme". Alors que le pays sortait de
cinq ans de gouvernement de droite, elle n'a jamais réussi à attaquer Nicolas
Sarkozy sur son bilan gouvernemental. À mesure que la campagne avançait, ses
choix et ses stratégies sont devenus incohérents, et elle doit sa défaite à
"son amateurisme insécurisant", poursuit-il.
Si on oublie le fait que Lionel Jospin démontre une grande indulgence
concernant sa propre défaite de 2002, son analyse de la candidature de Mme
Royal ne manque pas de pertinence. D'autant plus que la principale intéressée,
loin de se retirer après son échec électoral, continue de se comporter comme si
elle avait réalisé un exploit qui lui donnerait une légitimité irréfutable au
PS.
Or, si elle tentait aujourd'hui de se faire élire à la tête du PS, personne ne
croit qu'elle réunirait une majorité de militants. Néanmoins, en demeurant sur
le devant de la scène, elle garde une capacité de nuisance. Le PS aurait
aujourd'hui besoin d'un véritable leader, capable de produire un programme
raisonnable et cohérent, de jouer son rôle de chef de l'opposition et de se
préparer à la présidentielle de 2012.
Le drame du PS, c'est qu'il y a trop de prétendants à la direction: en comptant
les anciens, tels Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn ou même Lionel Jospin,
quelques quinquagénaires hier encore prometteurs comme François Hollande ou
Martine Aubry et certaines étoiles montantes comme Vincent Peillon ou Manuel
Vals, on dépasse aisément la demi-douzaine de candidats.
Le pavé que Lionel Jospin vient de lancer dans la mare socialiste pourrait
avoir un effet salutaire s'il débouchait sur une véritable explication de fond
et sur la désignation claire et nette d'un chef pour les cinq années à venir.
Au PS, où les candidats au pouvoir ne cherchent qu'à retarder le moment de la
grande explication, il a surtout provoqué la consternation. Et ajouté à la
confusion ambiante