Deux extraits de presse qui correspondent a deux périodes importantes de son œuvre:

Peinture à l'eau de signes de feu, de terre, d'air. Peintures élémentaires de remontée aux origines; archeios-ancien; mais aussi compositions architecturées; archi-excellent, tecton-ouvrier.

Peinture de la maturité dans une technique très belle, peu pratiquée en France, dont la tradition, pourtant, remonte au Lorrain. S'en réclament les Anglais: Cozens, inventeur du «dribbling», du tachisme; Constable, assidu du «cloud service» (Ruskin) peintre des nuages; et surtout Turner, peintre de la fusion et de la séparation des éléments. Turner qui se recueille avant l'attaque: «Vacancy most fair... over these pure leaves» (Le plus beau vide... sur ces feuilles pures).

Oui, à l'instar de ces ancêtres, Servant fait éclater la lumière par l'épargne bien tempérée de la feuille blanche; par la superposition alentour des couleurs transparentes, par les éclaboussures ignées, les scintillements glacés d'un chaos qui prend formes et couleurs, structure et contraste, lumière et ombre; éléments par lesquels il constitue un espace citadin, alvéolaire qui domestique et structure les impulsions rougeoyantes et rugissantes des passions. En termes musicaux, ces aquarelles dans leur apparente promptitude, seraient comme la «strette» des musiciens, l'attaque rapide, bien conduite, menant à la conclusion de la fugue. Peu de vert dans les compositions de Servant. «Couleur que nous laissons à la nature", aurait-il pu dire avec Oskar Schlemmer, autre excellent aquarelliste.

Ces stèles; momento mori, pierres levées, sont les témoins des premiers temps de la création, mais aussi les signes monitoires des temps derniers à venir. Jacques Servant est le peintre des flamboie­ments qui éclairent et réchauffent nos grisailles.              Albert Flocon

« Esclave» des Mayas

Libératrices chez Georges Schneider, les lignes noires des tableaux de Jacques Servant, emprisonnent le regard dans l'univers magique et enfiévré d'une inspiration mexicaine omniprésente.

Un Mexique vécu par le peintre comme une seconde naissance. Au milieu des années 70, Jacques Servant brûle près de vingt ans de peinture et se lance dans les voyages. La patrie des Mayas le retiendra comme un aimant. Depuis, il ne se passe pas d'année sans que ses pérégrinations ne fassent étape au Mexique.

. Tracées à l'encre de Chine noire sur fond de couleurs chaudes et violentes le plus souvent, les lignes de ses tableaux puisent leur inspiration dans ces stèles indiennes dressées en hommage aux prophètes; aux guerriers et aux princes. Mais l'aquarelle, l'encre ou la tempera s'avèrent parfois impuissants à traduire l'envoûtement qui émane de cette civilisation. Alors, l'or sacré des Mayas vient à la rescousse pour traduire sa condition d' «otage volontaire».

( Galerie d'art la Tour des Cardinaux à l 'lsle sur la Sorgue du 14-08 au 8-09-91 )